Constantine, la ville suspendue : dernier épisode de la saga sur ses ponts

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Nous terminons cette saga sur les ponts de Constantine avec le pont Sidi Rached, inauguré la même année que le pont Sidi M’Cid en 1912, et la passerelle Perrégaux datant de 1925 (aujourd’hui Mellah Slimane).

Le pont Sidi Rached est un viaduc routier qui traverse les gorges du Rhummel et relie le quartier du Coudiat (le centre-ville) au quartier de la gare de Constantine. Initié par le maire de Constantine Émile Morinaud, sa construction est confiée à l’ingénieur Paul Séjourné qui fait partie des grands constructeurs de son temps. En effet, Paul Séjourné voit rapidement grandir sa renommée d’abord comme concepteur de ponts sur diverses lignes de chemins de fer, cités comme des modèles (le pont du Castelet sur l’Ariège, la partie française de la ligne Nice-Coni qui comprend 39 viaducs etc.) ; puis sa réputation devient mondiale avec la réalisation du célébrissime pont Adolphe qui marque l’entrée de la ville de Luxembourg.

Le pont Sidi Rached est un pont à voûtes en maçonnerie, long de 447 mètres et composé de 27 arches, la plus haute culminant à 107 mètres. Le pont suit une courbe de 450 mètres de long entre le centre-ville et le quartier de la gare. Une innovation majeure va venir de la conception de la voûte centrale. En effet, Paul Séjourné va reprendre ici une technique appliquée au pont Adolphe : dédoubler la voûte en deux arcs parallèles. Même si ce principe du dédoublement avait déjà été employé par les Romains notamment pour le pont du Gard, il revient à Paul Séjourné d’en comprendre toute l’importance pour adapter l’ouvrage aux particularités du site, notamment les dénivellations irrégulières des gorges. Le viaduc est constitué sur toute sa longueur par deux arceaux jumelés réunis par un tablier en béton armé. Il permet aussi de placer plus facilement toutes les conduites d’eau et de gaz ainsi que les tuyaux d’égout. Les voûtes sont toutes construites en calcaire dur qui abonde à Constantine et en béton armé (une technique récente à l’époque, et pour ne pas heurter les contemporains, ce dernier est habillé de pierres aux couleurs chaudes). Tant par sa forme géométrique que par la nature des matériaux utilisés, l’ouvrage cumule donc les audaces : pont en maçonnerie le plus haut du monde à son époque, il franchit en plusieurs arcades le Rhummel et enjambe quartier, ruelles et maisons. Il aura coûté 1 830 000 francs (5 millions d’euros), la grande voûte de 70 mètres et les deux qui lui sont accolées représentent 43% de ce montant.

Enfin, la Passerelle Perrégaux (Mellah Slimane) située entre les ponts El Kantara et Sidi Rached, suspendue comme le pont Sidi M’Cid et parfois confondue avec lui. Réservée aux piétons, elle doit son nom d’origine au Général Perrégaux mort à la suite de ses blessures lors de la prise de Constantine. Construite entre 1917 et 1925 par Ferdinand Arnodin concepteur du pont Sidi M’Cid, longue de 125 mètres et large de 2 m 40, cette passerelle également appelée la passerelle de l’ascenseur car on y accédait par un ascenseur (celui de la Medersa, Université musulmane) ou via un escalier, relie le quartier de la gare au centre-ville.

Les ponts de la ville de Constantine incarnent sans aucun doute la maîtrise de l’homme sur l’abîme des gorges du Rhummel. Ils sont aussi les témoins de la performance du génie civil français qui connaît au XIXe et au XXe siècle son âge d’or par la réalisation d’ouvrages remarquables dans de nombreux pays à travers le monde. Ainsi, sur les piles des ponts Sidi M’Cid et Sidi Rached, des plaques commémoratives ont été apposées mentionnant le mérite des ingénieurs et ouvriers constructeurs, ainsi que les noms des nombreuses personnalités officielles qui procédèrent à leur inauguration. Dès lors, ces ponts vont servir concurremment d’emblèmes à la ville de Constantine. Les agences de voyage, dans leur « Tour d’Algérie » donnaient après Alger la part belle à Constantine… Le Guide Bleu Michelin de l’année 1955 présente ainsi la ville : « Constantine est remarquablement assise sur un plateau rocheux limité par des escarpements vertigineux ayant la forme d’un trapèze aux angles orientés vers les quatre points cardinaux…. Le rocher de Constantine constitue une forteresse d’un aspect étrange et saisissant…On passe d’un rocher à l’autre de la ville par des ponts suspendus splendides… ».

Bénédicte Hollender

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