A propos de la loi votée par le parlement algérien…

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Le 24 décembre dernier, le parlement algérien a voté une loi criminalisant la colonisation française.

L’histoire nationale, la mémoire et la politique entretiennent des relations mouvementées. Régulièrement, des responsables politiques suscitent des polémiques après des propos sur des évènements passés, comme, par exemple, quand Emmanuel Macron a qualifié, le 14 février 2017 à Alger, la colonisation française de « crime contre l’humanité ».

Au centre de ce débat Histoire/Politique, figurent les lois mémorielles adoptées à partir des années 1990. Sous cette expression « lois mémorielles » sont regroupées des lois qui donnent le point de vue officiel d’un Etat sur des évènements historiques, de telles lois pouvant aller jusqu’à interdire toute contestation ou discussion de ces évènements sous peine de poursuites en justice. En France nous trouvons ainsi :
• la loi du 13 juillet 1990 dite « Loi Gayssot » tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe qui crée le délit de négation du génocide des Juifs (négationnisme) ;
• la loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 ; un décret instaure une commémoration officielle du génocide fixée au 24 avril ;
• la loi du 21 mai 2001 reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité dite « Loi Taubira » ;
• La loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, d’Indochine et des territoires placés antérieurement sous la souveraineté française.

Entre devoir de mémoire…quand la loi écrit l’histoire… Selon le site officiel « Vie publique » : depuis 1990, les lois mémorielles au sens propre tendent à reconnaître et à réparer des violences de l’histoire et traduisent un nouveau paradigme de la relation au passé national. Elles relèvent du « devoir de mémoire », c’est-à-dire de l’obligation morale de se souvenir des événements historiques tragiques et de leurs victimes, afin que l’histoire ne se répète pas. Par ailleurs, ces lois mémorielles poursuivent trois objectifs :
1- créer de nouveaux droits ou de nouveaux délits : c’est le cas de la « loi Gayssot » qui réprime le déni du génocide des juifs (négationnisme) ;
2- reconnaître un fait (fonction déclarative et symbolique) : c’est le cas de la loi du 29 janvier 2001, composée d’un seul article reconnaissant le génocide arménien de 1915 ;
3- donner une lecture d’un fait historique (pas toujours consensuelle) : l’article 2 de la loi du 21 mai 2001 dispose que les « programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ». En revanche, l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui disposait que les programmes scolaires reconnaissent « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », a suscité une vive polémique et a été abrogé en 2006.

En effet, ce corpus de lois mémorielles pose question et suscite encore aujourd’hui de vifs débats dans le monde de la recherche universitaire notamment. Certains historiens n’admettent pas que la loi puisse « réécrire » l’Histoire, ou imposer une « Histoire officielle ». Ainsi, après la « Loi Taubira », des historiens ont lancé un appel contre les lois mémorielles dans une pétition « Liberté pour l’histoire », qui réclamait l’abrogation de l’ensemble de ces lois (article du journal « Le Monde », Liberté pour l’histoire, du 11 octobre 2008 signé par l’historien Pierre Nora). En réponse, un autre collectif de chercheurs affirme au contraire que dans une démocratie, les historiens doivent « rendre des comptes » sur leurs recherches. Pour eux, le fait que le parlement légifère sur le passé n’est pas contraire à la démocratie, car il est normal que les citoyens (et leurs représentants) puissent intervenir dans le domaine de la mémoire collective. En novembre 2008, une mission parlementaire consacrée aux lois mémorielles recommandait que de telles lois ne soient plus adoptées dans un souci d’apaisement et de réconciliation autour du passé, sans que les lois mémorielles existantes ne soient remises en cause.

Mais revenons à cette loi adoptée à l’unanimité par le parlement national algérien… les partisans de cette loi pourraient nous rétorquer que la France connait depuis plusieurs années déjà un corpus de loi dites mémorielles…
Mais comparaison n’est pas raison… c’est pourquoi nous partageons avec vous l’article de l’historien Gérard Crespo publié sur Boulevard Voltaire, afin que la parole soit libre, le débat contradictoire et la nuance toujours de mise, en particulier lorsqu’il s’agit d’étudier, d’analyser et d’interpréter des éléments historiques factuels… Concernant la colonisation française en Algérie, il ne s’agit pas d’établir une « vérité » historique intangible et rassurante pour certains, bien souvent caricaturale et simpliste, mais de transmettre un exposé de la réalité des faits pour un récit objectif et argumenté permettant à chacun de se faire son opinion, à l’opposé d’un récit « vérité » qui reste le plus souvent subjectif, celui des camps en présence.

https://www.bvoltaire.fr/entretien-algerie-larmee-francaise-y-est-chargee-de-tous-les-maux/

Bénédicte Hollender

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