Qui ne connait pas Jean Monneret n’a qu’à bien se tenir !
L’historien et essayiste Jean Monneret, spécialiste de l’histoire de l’Algérie, est né à Maison-Carrée (El Harrach) dans les faubourgs d’Alger. Après des études à l’université d’Alger puis à Paris-Sorbonne, Jean Monneret se consacre à la carrière d’enseignant. En 1998, il soutient sa thèse de doctorat d’histoire « La Phase finale de la guerre d’Algérie » (sous la direction de François-Georges Dreyfus, Paris 4), publiée en 2000 aux Editions l’Harmattan (ouvrage réédité en 2010). Depuis, ses travaux se sont enrichis de nombreux ouvrages et articles consacrés à la guerre d’Algérie, notamment sur la période qui suit le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Il s’applique ainsi à faire connaître entre autres événements : la fusillade de la rue d’Isly (« Une ténébreuse affaire : la fusillade du 26 mars 1962 à Alger », Paris, L’Harmattan, 2009) ; le massacre du 5 juillet 1962 (« La Tragédie dissimulée : Oran, 5 juillet 1962 », Paris, Michalon, 2006 ; ou encore les enlèvements d’Européens par le FLN et le massacre de dizaines de milliers de harkis… A lire également son remarquable ouvrage autobiographique « Mourir à Alger : Été 1962 » (Paris, L’Harmattan, 2003).
Parmi sa riche bibliographie, vous trouverez également : – Histoire cachée du Parti communiste algérien : de l’Étoile nord-africaine à la bataille d’Alger, Via Romana, 2016. – Camus et le terrorisme, Paris, Éditions Michalon, 2013. – La Guerre d’Algérie en trente-cinq questions, Paris, L’Harmattan, 2008. – La France en Algérie 1830-1962, Paris, Cercle pour la défense des combattants d’AFN, 2003 (ouvrage collectif). – Le Livre blanc de l’armée française en Algérie, Contretemps, 2002, (ouvrage collectif). – Le Pataouète : dictionnaire de la langue populaire d’Algérie et d’Afrique du Nord, Calvisson, Gandini, 1994, 248 p. (ouvrage collectif). – Grosses têtes et pataouètes, Africa Nostra (aujourd’hui Mémoire de Notre Temps), 1987. – Dissidence – Dissonance. Contre la désinformation sur la guerre d’Algérie, Fauves éditions, 2020. – Les Zemrods à la Castafiore, Casterman, 2025.
Cette semaine, nous avons le plaisir de publier un article de Jean Monneret, qui nous fait l’honneur de contribuer à la vie de notre association !
« La plupart des historiens spécialistes du Maghreb considèrent qu’il n’existait pas de nation algérienne en 1830. A l’opposé, les milieux dirigeants et divers intellectuels algériens soutiennent qu’elle a existé de longue date. Il s’agit là d’un dogme d’état qu’il peut être dangereux, sous ce régime, de contester. Faisons le point.
Il convient d’abord de préciser ce qu’est une nation. Le Larousse indique ceci : « Grande communauté humaine, généralement installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, culturelle, économique plus ou moins forte ». Un des maîtres français de la discipline historique Ernest Renan a, de son côté, défini la nation comme « un plébiscite de tous les jours ». En effet, au facteur primordial d’un passé commun et d’une mémoire collective, il ajoutait la volonté de vivre ensemble.
Il peut paraître évident que l’Algérie où débarquèrent les soldats français en 1830, ne correspondait guère à ces définitions. Le nom d’Algérie n’existait pas et c’est la Régence d’Alger qui administrait le nord du pays actuel. Cette Régence était un appendice de l’Empire Ottoman, certes largement autonome, mais essentiellement organisé pour la piraterie à l’extérieur et les exactions fiscales, notamment sur les tribus, à l’intérieur. Le territoire correspondait principalement à la côte sahélienne et n’englobait aucunement, comme aujourd’hui, les immensités sahariennes, fortement désertiques. Le pays comptait en son sein une vaste proportion de Berbères dont la langue, les coutumes et l’histoire différaient, à plus d’un titre, de celles des arabophones. La population était donc peu unie et les solidarités étaient foncièrement tribales, malgré une religion commune.
Les Turcs dominaient les grandes villes. Ils exerçaient leur emprise par l’intermédiaire d’une milice armée l’Odjak d’où les non-turcs étaient bannis. Selon Charles-André Julien (page 15 d’Histoire de l’Algérie Contemporaine. Tome 1), les Turcs « paralysaient toute tentative d’unification « qui eût pu naître d’un esprit national ». Pour maîtriser l’intérieur du pays, ils s’appuyaient sur des prébendiers arabo-berbères « qui purent, moyennant le versement d’un tribut et la garantie de l’ordre, exploiter librement le fellah ». Leur autorité était limitée au cadre d’une tribu et « le gouvernement (turc) entretenait les rivalités de çoffs (clans) qui opposaient entre eux les groupes de tribus et les fractions ». (ibidem). Voilà donc ce qu’il en était de l’unité et du vouloir-vivre ensemble des populations résidant alors sur le territoire aujourd’hui algérien.
Examinons à présent les arguments inverses de ceux qui professent qu’une nation existait bel et bien en ce temps-là. Il s’agit essentiellement des représentants de la caste bureaucratique au pouvoir et de ceux qui influencent les médias et les publications algériennes. Les intéressés n’hésitent pas à faire remonter la nation algérienne à l’antique Numidie. Ce qui peut paraître surprenant car il ne s’agit pas d’une continuité culturelle (discutable) mais d’une entité nationale.
Les hiérarques algériens et leurs porte-voix croient trouver une parade en répétant qu’il ne s’agissait pas d’une nation, au sens occidental du terme. A partir de quoi, il faudrait comprendre que cette « nation non occidentale » était fondée sur une continuité culturelle et identitaire. En somme, en 1830, Il y avait déjà une nation algérienne que la colonisation a privé de sa souveraineté, qu’elle a retrouvée en 1962. Dans ce schéma, la colonisation aurait, de fait, renforcé une réalité historique ancienne, car, c’est le même peuple qui est concerné.
Cette vision des choses rencontre peu de soutien parmi les historiens français, y compris ceux qui montrent le plus de tendresse envers l’Algérie moderne. En effet, elle repose sur des données fragiles et quelques acrobaties historiques. L’épisode turc, qui a duré au moins 3 siècles, est quasiment travesti, la Régence d’Alger étant tenue pour une entité algérienne.
L’autre présupposé, sans cesse rabâché, est que la population algérienne serait unie depuis des siècles. Ceci est très contestable car le clivage, toujours actuel, entre berbérophones et arabophones dure également depuis des siècles. L’unification religieuse opérée par l’Islam sur ces populations ne l’a toujours pas fait disparaître. Les historiens anticoloniaux comme Stora, préfèrent considérer que la nation algérienne est née sous la colonisation. Ils voient dans les récits postcoloniaux une construction à vocation unificatrice exerçant une fonction de réparation symbolique. D’autres, moins dans l’air du temps, parleront de propagande. »
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